jeudi 17 mars 2016

Aiguille de Leschaux (3759m) voie "Charlet"


La Motivation. En voilà un terme délicat à définir. Différents facteurs influencent la motivation. Différents types de motivations existent.
Dans un fonctionnement de groupe il faut composer avec sa motivation personnelle et celle des autres, qui peut être différente. Sans jugements, sans frustrations ni pression supplémentaire. La tache n’est pas toujours aisée.
Comme dans un groupe de musique, lorsque les instruments sont bien accordés et jouent ensemble, une jolie mélodie peut sortir. C’est simple, fluide et tout roule.

Avec Dim et Nono, nous sommes sur la même longueur d’onde. Le même genre de projets à long terme. La même envie pour les entrainements au quotidien.


En début d’hiver nous avions repéré une belle paroi du massif du Mont-Blanc. Assez isolée, peu d’infos, surement très peu grimpée. Elle nous motive bien cette face Ouest de l’aiguille de Leschaux. Lors d’une sortie de repérage avec longue vue et photos sous différents angles, une ligne nous attire particulièrement. Sur la gauche de la paroi, dans le haut de la face un couloir/cheminé semble adapté à l’escalade mixte.
Rien dans le neige/glace/mixte… Il faut se pencher sur les bibles d’antan et le fameux guide « Vallot » pour trouver des informations. Ce dièdre qui nous attire semble être la voie « Charlet ». Tome IV, p 200

« d2) voie charlet… Armand Charlet à la descente juillet 1929… Lucien Berardini à la montée juillet 1950… Escalade D de 650m, passages de IV… »



Un créneau de beau temps anticyclonique semble pointer le bout de son nez. Nous l’attendons depuis début janvier. Nous ne savons pas trop à quoi nous attendre dans cette paroi. C’est aussi ce que nous cherchons. Les sacs sont bouclés en fonction : lourds.
2 jeu complet de friends du 000 au n°3, 6 broches, 16 pitons variés, une corde et un sac de hissage, le matériel de bivouac et 3 jours d’autonomie en gaz et nourriture.

Dimanche 13 mars. Nous descendons la Vallée blanche et rejoignons au coucher de soleil le refuge de Leschaux. Quelques haribo pour fêter les 37ans du Pilf et nous rejoignons nos  petits rêves.

Lundi 14 mars. Départ matinal et 3h d’approche en peau de phoque composent notre petit déjeuner. Nous laissons les skis à la rimaye et attaquons les pentes de neige avec des sacs pas beaucoup moins lourds ! Il faut passer un ressaut rocheux d’environ 60m pour atteindre le couloir supérieur. En mixte ça ne passe pas trop mal et Arnaud estime M4/M4+ pour ces 2 premières longueurs.




Nous progressons en corde tendue dans le couloir. Les pentes comment à chauffer et la neige à s’alourdir. Physique !
En début d’après midi nous trouvons un super emplacement de bivouac, 300m sous le sommet. Perché sur un petit éperon entre 2 couloirs, nous observons le fameux dièdre de sortie. Il nous faut un peu de temps pour terrasser et installer la tente que nous trimballons depuis 2 jours. Plein Ouest, au dessus d’une mer de nuages, l’instant est magique. Nous avons connu pire comme bivouac.




Mardi 15 mars. Un peu de corde tendu en mixte facile et nous attaquons le « crux » et ce fameux couloir/cheminé. 3 grandes longueurs que nous estimons à M4+/M5/M4+ nous amènent à la brèche entre le second et le troisième ressaut de l’arête Nord-Ouest. La grimpe est assez agréable. Bien sûr le rocher est un peu évolutif par endroit et la neige sans cohésion recouvre les prises, mais c’est ce que nous sommes venus chercher.






Une grande traversée ascendante à droite et une dernière longueur en M4 nous occupent la fin de matinée. 



Nous rencontrons les premières traces des passages précédents : 2 vieux pitons… de 1929 ?



13h, nous sommes au sommet avec la banane, la vue est superbe et propose un autre panorama du massif du Mont-Blanc.


Le ciel se charge déjà. Notre routeur météo 4 étoiles, Yann, que nous avons appelé la veille nous avait prévenus : « De la neige en après midi et mauvais le lendemain… ».
 Nous décidons de redescendre dans la ligne quitte à laisser pitons et câblés… ça encouragera peut être de futurs répétiteurs. Au fur et a mesure des rappels il commence à neiger pour de vrai. La face se couvre de neige et il devient délicat de trouver de bonnes fissures pour les pitons ! Nous galérons un peu et arrivons finalement aux skis à la tombée de la nuit. 




La descente à skis avec les gros sacs, de nuit et une neige qui tombe à l’horizontale nous termine en beauté.  21H30 nous sommes à Chamonix, usés mais heureux de ces quelques jours en montagne, dans un coin sauvage du massif du Mont-Blanc.

Cette ligne est rarement grimpée en été et encore moins en hiver. Avons nous fait la première hivernale ? Est- ce le plus important ? Beaucoup d’approche et d’efforts pour 3 longueurs de mixte dans un mauvais dièdre. Est-ce que cette ligne vaut la peine de répétitions ?
Si vous cherchez un peu d’originalité, d’exotisme et d’aventures dans le massif du Mont-Blanc, la réponse est oui… encore une fois, ça dépend de votre motivation ;)

Tonio


1 commentaire:

  1. Complimenti x l'impresa.Una vecchia via di tutto rispetto, in versione invernale, non x questo da sottovalutare.Avete avuto un bel colpo d'occhio...fantastico...bravi

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